Vous portez un nom de famille italien étrange, introuvable ailleurs ? Il se termine en « -i » et votre famille vient de Livourne ? Il est alors possible qu’à l’origine se trouve un nouveau-né déposé au tour des enfants trouvés, et quelqu’un qui a inventé ce nom tout exprès pour lui.

Des « Innocenti » à la fantaisie
Pendant des siècles, en Toscane, les enfants abandonnés recevaient un nom qui les marquait pour toujours : Degli Innocenti, Innocenti, Nocentini et leurs variantes. C’était une étiquette qui disait à tous d’où l’on venait. Il en allait de même ailleurs en Italie : Naples avait ses Esposito, Rome ses Proietti.
En 1817, la règle changea. On commença à donner aux enfants trouvés toscans un nom de fantaisie, semblable à ceux des familles « ordinaires ». Un nom nouveau, sans stigmate, pour une vie nouvelle.
Le parrain de tous
À Livourne, cette tâche revint presque toujours à la même personne. Giovacchino Parenti, Florentin, était le portier de l’hôpital pour femmes de Santa Barbara della Misericordia. De 1816 jusqu’à quelques jours avant sa mort, en avril 1847, il fut le parrain de presque tous les nouveau-nés abandonnés de la ville. Sa femme, Maria Anna Dazzi, était la gardienne du tour : c’est elle qui accueillait les enfants. Nous avions déjà raconté son histoire dans un article de 2019 (en italien).
De temps en temps, quelqu’un d’autre le remplaçait. Bartolommeo Pisani, par exemple, fut parrain 58 fois. Mais le « parrain professionnel », c’était lui.

4 100 enfants, 3 739 noms
Nous avons analysé tous les enfants trouvés enregistrés à Livourne de 1817 à 1847 : ils sont 4 100, garçons et filles presque à égalité (2 069 et 2 031). Les noms différents sont au nombre de 3 739. En pratique, on en inventait un nouveau pour chaque nouveau-né.
97 % se terminent en « -i », comme la plupart des noms toscans : Rincorsi, Perlustri, Mescolanti, Tardelli. C’est justement pour cela que les exceptions sautent aux yeux : Pietradura, Gambacorta, Bonasorte, Contessa, Pavone, Del Pesce, Redento. On trouve aussi des graphies d’autrefois comme Callaj et Trapezzj. Après 1839 apparaissent même des noms étrangers : Marbach, De la Tour, Gomez Butler.
Et la vieille tradition ne disparut pas tout à fait : Innocenti reste le nom le plus fréquent, porté par 12 enfants. Suivent Incognito (5) et Benvenuti, « bienvenus » (4), puis Celesti, Lieti, Solenni : des noms qui sonnent comme un vœu.
Des noms comme de petites images
Beaucoup de noms sont composés et ressemblent à de petites scènes : Chiusalupi (« enferme-loups »), Cantamerli (« chante-merles »), Spagliagrani, Millefiori (« mille fleurs »), Portapani (« porte-pain »), Puntagalli, Diotisalvi (« Dieu te garde »). Certains thèmes reviennent sans cesse :
- les fleurs et les lys : Tragigli, Belgigliotti, Fioracci ;
- les loups : Rivalupi, Lupinotti ;
- les montagnes : Montesoli, Caramonti ;
- le pain et les douceurs : Pandolci, Pandori, Farinacci ;
- la table : Minestri (« soupes »), Salmari, Melarei.
Un jour de 1818, deux enfants arrivèrent au tour. L’un fut appelé Collegalli, l’autre Chiusalupi. Difficile de ne pas imaginer le parrain souriant en les écrivant l’un après l’autre.
Les jumeaux : des noms en paire
Parmi les enfants trouvés, on compte 28 paires de jumeaux, et leurs noms sont presque toujours pensés ensemble. Deux fois ils sont appelés Cosimo et Damiano, comme les saints jumeaux Côme et Damien : une paire reçoit le nom Gemelli (« jumeaux »), l’autre Pratelli, qui sonne presque comme fratelli, « frères ». D’autres paires sont Raffaello et Gabbriello, comme les archanges, ou Pietro et Paolina.
Quand ce sont un garçon et une fille, ils portent souvent le même prénom : Vittorio et Vittoria, Costantino et Costanza, Eliseo et Elisa. D’autres fois, on joue avec la rime : Orazio et Pancrazio, Giuliano et Mamiliano.
Le prénom ? C’est le calendrier qui le dit
Pour le prénom de baptême, le parrain avait toujours une aide sous la main : le saint du jour. Les données le montrent clairement :
- sur 13 Martino, 9 arrivent en novembre ;
- sur 22 Stefano, 10 en décembre, autour de la Saint-Étienne ;
- sur 27 Chiara, 14 en août, autour de la Sainte-Claire ;
- les Giuseppe se concentrent autour du 19 mars, les Lorenzo en août, les Francesco début octobre.
Alessio présente même deux pics, en février et en juillet : les deux fêtes du saint.
Parfois le nom fait écho au prénom : Teodoro Teodori, Onorato Onorati, Ilario Ilarioni, Reparata Reparati. Dans les années 1840, en revanche, les prénoms s’allongent : en 1842, une petite fille en reçoit six, Pia Maria Anna Giuseppa Luisa Adele Patriarcali. Dans le même temps, les noms raccourcissent, passant d’une moyenne de plus de sept lettres à six.
Pourquoi cela nous concerne aujourd’hui
Beaucoup de ces enfants moururent en bas âge, comme c’était hélas fréquent. D’autres grandirent, se marièrent, eurent des enfants et transmirent ce nom inventé. Ainsi un nom né d’un instant de fantaisie peut arriver jusqu’à nous, porté par des familles qui en ignorent l’origine.
Pour le généalogiste, un enfant trouvé ressemble à un mur : les parents sont inconnus. Mais l’histoire de la famille ne s’arrête pas là. Depuis le tour, on peut suivre l’enfant tout au long de sa vie : à qui il fut confié, qui il épousa, où naquirent ses enfants.
Cherchez votre nom
Le moteur de recherche « Recherchez votre famille » de LivornoGen contient la liste complète des enfants trouvés de Livourne de 1817 à 1847. Si votre nom y figure, l’histoire de votre famille pourrait commencer précisément au tour de Santa Barbara.
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